ALE2011 – Day 2 and 3


Suite et fin du compte-rendu de la conférence ALE2011 à Berlin. Voici les événements marquants des 2 derniers jours de la conférence, toujours fortement orientés vers le partage et l’échange. On y a parlé de pratiques budgétaires modernes, de lean, on a appris à changer le monde (et pas à le refaire), on a discuté de la vertue de l’échec, et l’on s’est demandé comment prolonger dans la durée cette formidable énergie créée autour du réseau ALE.
 

Jour 2

Le deuxième jour a débuté avec une keynote de Bjarte Bogsnes portant sur le concept « Beyond Budgeting ». Bjarte est responsable de la gestion de la performance chez Statoil, ce n’est donc pas un conférencier technique ou agile. Il présentait ici les pratiques budgétaires appliquées dans cette multinationale Scandinave. Les concepts « Beyond Budgeting » cherchent à changer radicalement la façon dont sont gérés les budgets d’entreprises pour s’adapter à un environnement en perpétuel changement. Ces pratiques se basent sur la responsabilité des employés, et le suivi continu de l’alignement des dépenses avec les objectifs mais aussi les prévisions de l’entreprise. La nuance à saisir entre objectifs et prévisions est la suivante: un objectif est ce que l’on souhaite voir arriver, une prévision est ce que l’on pense qu’il va arriver. Un exemple de pratique dont nous parle Bjarte est d’utiliser la transparence totale plutôt que la constitution d’un budget pour les déplacements. Le discours de Bjarte sonne comme du pain béni pour l’audience présente à la conférence, parmi laquelle on trouve de nombreux coachs agiles. Ce qu’il faut souligner c’est que ces pratiques budgétaires supportent parfaitement une approche agile des projets informatiques mais qu’à aucun moment Bjarte n’utilise le jargon agile de SCRUM, XP, ou Lean. La terminologie utilisée par Bjarte est purement financière et comptable, son discours obtiendra certainement beaucoup plus de crédit chez les managers que celui des agilistes. Bjarte est l’auteur du livre Implementing Beyong Budgeting, et participe  à un groupe de travail sur le sujet, la Table Ronde Beyond Budgeting.

La journée a continué avec les présentations de 30 minutes en parallèle. Sur le premier créneau j’ai choisi d’assister à un Alien Talk, c’est à dire une présentation qui ne porte pas sur l’informatique mais qui alimente notre réflexion sur l’ingénierie logicielle. Cette présentation traitait de la construction d’un véhicule 100MPG, 100 Miles Per Galon, dans le cadre du concours XPRIZE-Automotive. Thorsten Kalnin nous a expliqué comment l’équipe WIKISPEED a construit son prototype en l’espace de 3 mois avec une équipe distribuée géographiquement et en utilisant des pratiques issues de l’ingénierie logicielle et de l’agilité: TDD, intégration continue, conception orienté objet, itérations, rétrospectives. Voilà une présentation extrêmement intéressante à l’heure ou l’informatique cherche à s’inspirer de plus en plus de l’industrie automobile; elle nous prouve que l’inverse a également du sens et que les pratiques agiles ne sont pas une fantaisie de programmeurs barbus et ventripotents mais de solides pratiques d’ingénierie qui favorisent le succès des produits développés. Ces simples faits parlent d’eux-même: le véhicule de WIKISPEED a terminé finaliste de l’épreuve et a passé les 5 étoiles au crash test.

J’animais ensuite ma présentation sur le deuxième créneau de la journée. J’ai passé la soirée de la veille à bien répéter, d’une part parce que je la faisais pour la première fois en anglais après Agile France 2011 et Scrum Day 2011, et d’autre part pour s’adapter au créneau de 30 min. Vous retrouverez le support sur SlideShare. Les retours ont été à nouveau positifs. Il était d’ailleurs simple de se faire une idée de l’opinion de l’audience: à la fin de chaque présentation les participants étaient invités à donner leur appréciation en positionnant un post-it sur la porte de la salle, graduée pour l’occasion d’une échelle verticale de 1 (décevant) à 5 (très bon). Cette notation visuelle appelée « feedback door » permettait de saisir en un coup d’oeil le sentiment de l’audience.

A peine le temps de souffler, j’ai couru attraper la présentation de Claudio Perrone sur la résolution de problème A3, une technique issue du Lean Management. Ce sujet est plutôt récurrent dans les conférences agiles et j’y allais avec l’intention de me rafraîchir les idées sur cette technique que je n’ai pas encore eu l’occasion de mettre en pratique. La présentation de Claudio m’a positivement étonné par son pragmatisme mais aussi sa capacité à focaliser l’audience avec des slides imagés marquants les esprits. Il faut souligner que Claudio dessine lui-même les images de ses slides. Je vous conseille vivement de consulter sa présentation qui parle quasiment d’elle même. J’ai appris beaucoup plus sur le A3 que tout ce à quoi j’avais assisté précédemment.

Sur le dernier créneau de la matinée j’ai assité à la présentation de Jurgen Appelo, très sobrement nommée Comment changer le monde. Jurgen est un peu le père spirituel du réseau ALE et de la conférence ALE2011, c’est sous son impulsion début Février que s’est formé le réseau. J’allais à cette présentation en trouvant le sujet un peu ambitieux, limite prétentieux, et j’en suis sorti avec l’intime conviction que changer, peut-être pas le monde, mais son environnement repose sur des principes simples à appréhender. La présentation m’a particulièrement captivé par l’alternance entre modèles théoriques et exemples pratiques de mise en oeuvre. Jurgen était également très humble dans son discours en confessant s’être trompé pendant 15 ans dans sa façon de vouloir changer les choses et de n’obtenir des résultats que depuis 2 ans, après avoir changé son approche personnelle. Jurgen profitait de la conférence pour lancer son nouveau livre Management 3.0 qui présente en détail son approche du changement.

Le bilan de cette matinée fut donc très positif. Je l’ai vécu comme le point d’orgue de la conférence. L’après-midi démarrait à nouveau avec une série de Lightning talks. Parmi ceux ayant marqué l’audience et provoqué des applaudissements fournis :

  • Une spectaculaire métaphore entre la transition vers l’agilité et la consommation d’un hamburger. Présenté comme ça on ne voit pas bien le rapport, et pourtant le présentateur a mis en avant tous les ingrédients nécessaires à la transition: implication cross-fonctionnelle, rythme soutenu, actions à tous les étages. Simplement brillant, les slides sont ici.
  • Une présentation sur l’importance du rôle de facilitateur dans les rétrospectives, garant de l’engagement individuel et de la qualité des échanges.
  • Un lightning talk provocateur dénonçant les coachs agiles et la dissolution des valeurs originales de l’agilité.
  • Une proposition digne d’intérêt: célébrer les échecs tout autant que les victoires. Le speaker nous propose d’inviter nos collègues à partager un « Failure Cake » chaque fois que nous échouons quelque part, car d’une part il est difficile d’en vouloir à quelqu’un qui vous offre un gâteau et d’autre part les échecs nous font apprendre beaucoup plus que les victoires. Le failure cake est l’occasion de déclencher une rétrospective informelle de ce qui n’a pas marché.


L’après-midi a continué avec les sessions open-space, dont vous trouverez certains comptes-rendus sur google spreadsheet. J’ai beaucoup utilisé la loi des deux pieds car finalement peu de sessions ont réellement mobilisé l’énergie des participants et débouché sur des résultats concrets. J’ai donc cherché à éviter au maximum les sessions du type « discussions de salon de thé » ou encore « slides de ma présentation qui n’a pas été retenue au programme ». Je constate à quel point la qualité de l’animateur est importante pour la réussite d’une session open-space. Certaines sessions ont été réellement inspirantes et appellent à l’action, je retiens en particulier la session sur les story maps brillamment animée par Eelco (encore lui), et d’autres réellement ennuyeuses et stériles. Je reviendrais sur ce point lors d’un prochain billet.

La journée s’est terminée par l’organisation d’un repas basé sur le principe de « diner avec un inconnu ». Les organisateurs avaient réservé des tables dans une quinzaine de restaurants de Berlin et, depuis la veille, les participants choisissaient le lieu où ils souhaitaient diner en prenant soin d’éviter de s’inscrire par groupes de connaissances. L’objectif était bien sûr de favoriser encore les échanges et développer son réseau personnel. De l’avis général le concept a fonctionné à merveille, avis que je partage également. Le « networking » est un aspect important d’une conférence mais il est souvent rendu compliqué par l’enchaînement des sessions. Le diner avec des inconnus était un moyen simple de réserver un créneau dédié au networking dans une ambiance propice aux discussions. Pour les plus courageux, la soirée s’est prolongée au bar de l’hôtel où les discussions à bâtons rompus sur les différences culturelles étaient de mise.

Jour 3

Ce dernier jour de la conférence m’a semblé plutôt en retrait par rapport aux deux premiers. Je ne sais pas si cela était du au possible essoufflement des participants après 2 jours de réflexions ininterrompues, au moindre intérêt des présentations sur le créneau matinal, ou encore à l’altération du format des lightning talks qui n’étaient plus libres mais devaient tourner autour du thème « Comment prolonger la structuration du réseau Européen après la conférence ». Dans tous les cas je ne retire pas grand chose de ce troisième jour, excepté la rétrospective massive à 200 personnes.

Mes sessions de la matinée:

  • Transformation agile à grande échelle chez Nokia-Siemens: un retour d’expérience plutôt décevant, principalement car il ne tenait pas sur le créneau de 30′, le meilleur était sûrement après ces trente premières minutes de généralités et de satisfecit pour la société de conseil qui a menée la transformation.
  • Dépasser les résistances à l’auto-organisation: quelques morceaux intéressants mais beaucoup de généralités et un manque d’exemples concrets, les slides sont ici.
  • Open-space « Comment démarrer avec Beyond Budgeting »: les discussions ont plutôt tourné autour de « comment amener les managers à ALE2012, ou toute autre conférence agile ».


La rétrospective était animée par Ken Power. Il a divisé l’assistance en petits groupes de 8 personnes et nous a fait utiliser successivement la technique du « starfish » et la technique du « speed boat ». La première est basée sur la génération de 5 types de souhaits par rapport à un événement donné: « moins de « , « plus de », « arrêter », « essayer », « continuer ». Ces souhaits sont rassemblés sur un espace divisé en 5 parties en forme d’étoile de mer, voir la photo. La deuxième est issue des Innovation Games de Luke Hohman. Elle consiste à s’imaginer un bateau de course ralenti par des ancres, le bateau étant l’événement ou le produit critiqué, et les ancres illustrant les points qui semblent ralentir la performance du produit ou la réussite d’un événement. L’alternance entre ces 2 techniques a permis de générer rapidement un grand nombre de commentaires.

J’ai quitté la conférence avant la keynote finale pour attraper mon avion. Si vous voulez aller plus en détail dans les sujets et le déroulement de la conférence, les organisateurs rassemblent tous les articles de blogs, photos, et matériels générés pendant la conférence sur une page dédiée.

One Response

  • L’histoire du véhicule X-Prize m’interresse beaucoup, agile dans le monde, merci!

    Vos observations sur Open Space m’interessent aussi. Je préfère les conférences Open Space, mais c’est vrai que l’animateur du session a beaucoup d’influence.

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