Il y a 3 années · 6 minutes · Agile

Conférence de Jean-François Zobrist sur l’entreprise libérée

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Ce mercredi 1er avril, MOM21 et l’AFRAME recevaient Jean-François Zobrist pour nous parler de l’entreprise libérée. Si vous ne connaissez pas ce nom, vous avez peut-être entendu parler de FAVI ou vous avez peut-être regardé le document sur Arte il y a quelques semaines « Le bonheur au travail » ou vu le documentaire « Question de confiance » qui retrace un an de vie chez FAVI.

En surfant sur la médiatisation du documentaire d’Arte, Jean-François Zobrist nous a fait une conférence imagée et dynamique. Il n’hésite pas à prendre, avec un humour assez cassant, des exemples marquants de la vie quotidienne pour étayer ses propos et mettre en évidence les multiples aberrations que nous vivons au quotidien.

Il commence en se présentant comme un « petit patron naïf et paresseux » ayant géré une entreprise libérée pendant 30 ans. Bien qu’ayant connu une quinzaine d’autres entreprises libérées dans le monde, Zobrist cherche à nous faire passer le message qu’il ne faut pas chercher de modèle. Chaque entreprise doit trouver le sien pour pourvoir se libérer. Il n’y a qu’une seule caractéristique commune à toutes ces entreprises. Elles avaient à leur tête un homme ou une femme, toujours seul, humble, n’ayant pas peur du risque et se fiant à son intuition. « Si on réfléchit, jamais on ne se marie » plaisante-t-il.

Après avoir balayé rapidement les sujets du documentaire d’Arte (il valait mieux l’avoir vu!), il revient sur l’épisode marquant de ce ministère belge qui, en libérant les horaires de travail, a en un an réduit la durée de traitement de ses dossiers de 18 à 4 mois. Ses mots sont sans appel. Son analyse sur cette transformation est simple. Sans gouvernement pendant 18 mois, les hommes et les femmes de cette administration ont eu les mains libres pour définir l’organisation qui leur convenait: ils ont enfin pu avancer ! Au retour du gouvernement, c’était trop tard, les bons résultats venaient prouver la validité de leurs initiatives. Mais il faut bien avouer que, sans ce contexte particulier, aucun chef n’aurait jamais pris le risque de laisser de côté le contrôle des horaires et de permettre aux employés de travailler chez eux. Pourtant, le constat est bien que sans contrôle les employés se responsabilisent, travaillent mieux et plus vite !

Jean-François Zobrist passe alors sur le sujet de la rémunération, et en particulier celui des primes. Sur ce sujet, il n’hésite pas à affirmer que les primes sont une bêtise inventée par les gens qui contrôlent. Pour illustrer ceci, il prend un exemple dans son passé. Un jour qu’il se promenait dans son usine il remarque un ouvrier qui ferme la fenêtre alors que la chaleur est difficilement tolérable à cet instant. En questionnant l’ouvrier, il apprend que le contrôleur vient relever la température à 15h tous les jours et qu’une température élevée déclenche une prime de chaleur… Devant l’absurdité de la situation, Jean-François Zobrist supprime les primes et intègre leur montant dans le salaire de ses employés. Ceux-ci restent alors concentrés sur leur travail plutôt que sur la façon de toucher un maximum de primes. De plus, les conditions de travail sont améliorées, on peut ouvrir les fenêtres quand il fait chaud. Résultat, la productivité augmente rapidement.

On peut tirer deux conclusions de cette histoire:

  1. Les primes amènent les personnes à contourner le système pour maximiser leur revenu, cela souvent au détriment de l’objectif initial.
  2. Il est primordial pour un manager de prendre conscience du contexte et de laisser la place au hasard pour pouvoir s’améliorer. Dans ce cas, si Jean-François Zobist n’était pas sorti de son bureau et s’il n’avait pas eu la chance d’assister à cette fermeture de fenêtre, il n’aurait jamais pu prendre conscience de l’aberration de ce système (HP parle de « Management by wandering around« ).

Suite à une question concernant la bonne façon de gérer les « tire au flanc » dans des équipes auto-organisées (il faut entendre ici, dans des équipes sans contrôle), Jean-François Zobrist fait la réponse suivante : les « tire au flanc » existent et font partie de la société, mais ils ne constituent que 5% de la population d’une entreprise. C’est donc pour surveiller ces 5% qu’on a mis en place toute une horde de non productifs pour vérifier et contrôler le travail. C’est pour gérer ces 5% qu’on entrave et qu’on infantilise les 95 autres pour cent qui ne demandent qu’à pouvoir faire leur travail au mieux dans les meilleures conditions possibles. La meilleure façon de traiter ces 5% de la population, c’est de la soumettre au regard de leurs pairs. Pour illustrer cela, Jean-François Zobist raconte l’histoire d’un employé qui arrivait souvent en retard, désorganisant toute son équipe. Après plusieurs rappels des membres de l’équipe elle-même, ceux-ci ont décidé de faire le travail sans lui et de ne plus l’attendre. Il s’est retrouvé de lui-même isolé et a fini par ne plus venir.

Pour Jean-François Zobrist, le bonheur au travail est gage de productivité. Là encore, les structures hiérarchiques non productives sont un frein et un véritable risque pour l’entreprise. Pour Jean-François, un ouvrier heureux c’est 5 points de productivité en plus, un ouvrier malheureux c’est 5 points de productivité en moins. Si sur ce principe, on prend en compte la structure hiérarchique, le risque devient palpable. En effet, un manager malheureux c’est 100 ouvriers malheureux… Il n’y a pour autant pas de recette magique pour rendre les ouvriers heureux au travail. Ce qui est certain, c’est que si on ne leur pose pas la question (et qu’on passe notre temps à leur expliquer comment ils doivent faire sans leur laisser la moindre autonomie), on ne se donne aucune chance de favoriser le bonheur au travail. Pour FAVI la solution a été de découper la production en petites équipes ayant en charge l’ensemble de la production d’un client unique. Ces équipes sont autonomes et ont pu adapter leur processus de production au contexte de leur seul client. Cela a permis d’éviter la lourdeur de processus génériques qui doivent prendre en compte les contraintes de tous les clients de l’entreprise. La hiérarchie a été supprimée, seul un leader nommé par l’équipe elle-même, a été conservé (à la demande des équipes). Les ouvriers sont responsabilisés de la prise de commande jusqu’au chargement des camions. Résultat de ces changements : une productivité et une satisfaction client en hausse. Depuis plus de trente ans, jamais FAVI n’a livré un client en retard!

Pour illustrer ce paragraphe, cette petite vidéo de 5mn donne une bonne illustration des conséquences d’un management inadapté.

Pour conclure, Jean-François Zobrist nous avertit: l’entreprise libérée n’est possible qu’à la condition que le patron aime les hommes et croit sincèrement en eux. Après plus d’un siècle de passage d’un monde agricole où le paysan avait toute son autonomie vers un monde industriel et de production de masse ultra contrôlée, nous nous trouvons aujourd’hui à un tournant dans les organisations. Les entreprises doivent évoluer et libérer le travail pour accroitre leur productivité, leur niveau d’innovation, et la satisfaction de leurs clients.

En France, Jean-François Zobrist était un précurseur, mais de plus en plus d’entreprises développent aujourd’hui leur organisation dans ce sens. Pourquoi pas vous ?

Merci à Nicolas Lochet pour les scribings qui ont été fait en live pendant la conférence !

Clément Rochas
Coach agile, formateur DevOps, speaker. Clément est passionné par le développement et la création logicielle en général. Retrouvez Clément sur twitter sur @crochas
Nicolas Lochet
Une expérience projets/produits de 14 ans dont plus de 3 en coaching Agile d'équipes et d'organisation. Accompagnement depuis des niveaux de direction de projet jusqu'aux niveaux exécutifs. Speaker en conférence, écrivain, blogueur, formateur et facilitateur graphique pour partager/enseigner l'être Agile. Certifié SAFe Agilist, CSP, CSPO et Management 3.0

Une réflexion au sujet de « Conférence de Jean-François Zobrist sur l’entreprise libérée »

  1. Publié par BATAILLE Fabien, Il y a 3 années

    Bonjour,
    Merci pour ce compte rendu détaillé !
    Ayant assisté pour ma part à la conférence publique du lendemain 2 avril aux Arts et Métiers, j’ai été frappé par le fait que ce qu’annonce Jean François est uniquement du bon sens.
    On n’est que plus étonné de la résistance au changement dans la plupart des entreprises.
    En faisant un compte des entreprises qui s’annoncent « libérées » on arrive à une centaine sur les 3,4 millions actives en France, c’est un marché gigantesque qui s’ouvre.
    FB

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