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Il y a 5 ans -

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ScrumDay 2015 – Retour sur la conférence : Immunothérapie pour le changement

logo-scrumday-2015-01.pngLa conférence Immunothérapie pour le changement était tenue par Tremeur Balbous, il s’agissait en fait d’une présentation d’un outil de développement personnel développé par Robert Kegan et Lisa Lahey, professeurs à Harvard. Cet outil Immunity to Change™ fait aussi l’oeuvre d’un livre publié en 2009 et intitulé Immunity to Change: How to Overcome It and Unlock the Potential in Yourself and Your Organization. Tremeur Balbous nous présentait ici son expérience de l’outil à travers son propre exemple (bravo au passage pour ce partage!). Il organise par ailleurs des formations d’une journée sur ce sujet.

Pour être honnête, je suis un peu perplexe sur l’intérêt d’une formation d’une journée et si j’ai aimé cette présentation, je me suis demandé si même la durée de la session n’était pas un peu trop longue pour un outil qui m’a semblé finalement assez simple.

De quoi s’agit-il?

Ce que nous expliquent Robert Kegan et Lisa Lahey, c’est que face au changement (et plus particulièrement à celui qui implique une évolution de comportement) nous avons tendance à réagir comme le ferait un système immunitaire en essayant de nous en protéger. Ce comportement peut avoir son sens, car il permet de nous protéger du trauma psychologique que peut engendrer un changement brutal et rapide. Dans bien des cas, nous avons aussi développé des façons d’agir qui servent à nous prémunir de situations désagréables (par exemple être un workaholic pour compenser un manque de confiance en soi). Pour autant, c’est aussi un frein important qui nous empêche d’adopter de « bons » changements. Pour illustrer cela, on cite souvent ce résultat d’étude qui dit que lorsque les docteurs expliquent à un patient qu’il va mourir s’il ne change pas ses habitudes, seulement un patient sur sept sera capable d’effectuer ce changement avec succès.

Comment prendre conscience?

Pour nous aider à mieux mettre en place cette démarche de changement Robert Kegan et Lisa Lahey postulent que nos résistances sont le plus souvent inconscientes et qu’il faut donc les rendre conscientes. Pour réussir cela, ils nous proposent de mapper ces résistances sur une carte proposée en téléchargement et qu’ils appellent une Immunity Map. Cette carte nous permet de faire un travail d’introspection à travers le remplissage de quatre zones qui suivent une progression dans l’analyse. Ces quatre zones sont:

  1. Définir son objectif d’amélioration (le but)
  2. Lister les comportements en opposition (ce qu’on fait et qui nous empêche de l’atteindre)
  3. Révéler nos engagements contradictoires (pourquoi on le fait, éléments en concurrence)
  4. Identifier les suppositions sous-jacentes (grandes hypothèses sur lesquelles on a battit nos comportements)

1ére étape –  Définir son objectif

Dans cette colonne, il s’agit de définir l’objectif à atteindre et pour lequel nous voudrions nous engager. Une fois l’objectif défini, il s’agit de lister les actions que l’on pourrait entreprendre pour l’atteindre.

Par exemple: Je voudrais passer plus de temps avec mes enfants, pour cela je pourrais ne plus travailler à la maison les soirs et week-end.

2ème étape – Lister les comportements en opposition

Dans cette étape, on liste ce qu’on fait ou ne fait pas et qui nous empêche d’atteindre notre objectif. Une fois ces éléments identifiés, il serait tentant de vouloir simplement remédier au problème en changeant ces comportements. Ce serait pourtant une erreur, car à ce stade nous n’en avons pas encore analysé les raisons d’êtres. Tremeur Balbous nous rappelle d’ailleurs la différence entre décider et agir en nous posant la question suivante:

Six grenouilles sont sur une feuille de nénuphar. L’une d’entre elles décide de sauter. Combien de grenouilles reste-t-il sur la feuille?

Réponse: Six, car décider n’est pas agir.

Par exemple: Je suis perfectionniste et passe beaucoup de temps sur mon travail. J’accepte toutes les missions et je suis surchargé. Je délègue peu.

3ème étape – Révéler nos engagements contradictoires

C’est là que l’introspection commence, avec la colonne suivante, il s’agit des étapes les plus compliquées à définir et sur lesquelles il s’agit de passer le plus de temps. Ici on cherche à révéler les engagements, pas toujours conscients que nous avons pris et qui peuvent nous empêcher d’attendre notre objectif. Une bonne façon de les révéler est de se demander quelle serait notre plus grande crainte si nous devions adopter l’opposé de nos comportements en opposition listés en colonne 2.

Par exemple: En passant moins de temps sur mon travail, je pourrais fournir un travail de moindre qualité. En refusant des missions, je montre que je suis débordé. En déléguant je prends le risque qu’une erreur soit faite.

4ème étape – Identifier les suppositions sous-jacentes

C’est l’étape la plus difficile, il s’agit d’examiner chacun de nos engagements contradictoires pour comprendre la raison sous-jacente qui nous pousse à les tenir. On peut alors réellement se poser la question de la validité de celles-ci et commencer à changer. Ainsi en quoi est-ce que le fait que nos craintes se réalisent peut-il être un problème?

Par exemple: Si je fournis un travail de moindre qualité alors je ne serai plus reconnu pour mon intelligence. Si je suis débordé alors les autres penseront que je ne sais pas m’organiser. Si une erreur est faite alors j’en suis responsable et je peux être licencié.

Et après, comment agir?

Une fois ce travail réalisé, on peut commencer à tester nos comportements en opposition à notre objectif afin de vérifier si ce qui les hypothèses qui en sont sous-jacentes sont valables (ou toujours valables). Pour ce faire, il vaut mieux commencer par celui de nos comportements que nous pouvons identifier comme étant le plus en opposition à notre objectif. On tentera alors d’expérimenter une nouvelle approche qui soit SMART c’est à dire:

  • Safe (Il y a toujours une part de risque à tester de nouvelles façons de faire, mais la prise de risque doit être mesurée)
  • Modest (Il vaut mieux commencer petit afin d’obtenir des premiers succès et élargir l’expérience au fur et à mesure)
  • Actionable (Il faut que l’expérimentation soit réalisable, pas quelque chose que nous ne pouvons qu’imaginer)
  • Research-based (On cherche à obtenir de l’information, pas à prouver quelque chose ou à changer immédiatement un comportement)
  • Test efficient (Il s’agit de faire un test qui nous permette réellement d’avoir une meilleure vision de la véracité de nos croyances et de leur utilité ou non)

En conclusion

Ainsi, à l’aide de cette approche, on peut petit à petit faire évoluer nos comportements et tenter de changer en meilleure connaissance de cause. L’outil est simple, mais pour autant sa mise en oeuvre ne l’est pas. Les colonnes 2, 3 et 4 de l’Immunity Map on tendance à se mélanger et il n’est pas aisé de faire une analyse pertinente. C’est clairement une approche pour laquelle un coaching individuel peut être nécessaire (c’est d’ailleurs ainsi que cela a commencé pour Tremeur Balbous).

Une petite mise en garde d’ailleurs avant que vous ne vous essayez à cette exercice: l’introspection n’est pas toujours agréable, car elle nous confronte à certaines vérités que nous préférerions peut-être ignorer. Au final changer c’est aussi faire preuve d’une bonne dose de courage!

 

Ci-dessous, le scribing réalisé en live lors de la conférence.

Immunothérapie_150dpi.jpg

 

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Publié par Nicolas Lochet

Une expérience projets/produits de 14 ans dont plus de 3 en coaching Agile d'équipes et d'organisation. Accompagnement depuis des niveaux de direction de projet jusqu'aux niveaux exécutifs. Speaker en conférence, écrivain, blogueur, formateur et facilitateur graphique pour partager/enseigner l'être Agile. Certifié SAFe Agilist, CSP, CSPO et Management 3.0

Commentaire

2 réponses pour " ScrumDay 2015 – Retour sur la conférence : Immunothérapie pour le changement "

  1. Publié par , Il y a 5 ans

    Merci pour cette présentation. L’outil semble intéressant.
    En revanche, je serais moins pessimiste que vous concernant l’utilité de la formation en une journée.
    Comme vous le rappelez dans l’article, la partie introspection est difficile à mener à bien par exemple. Vous constatez également qu’à la seule lumière de la présentation, la confusion lors du remplissage des colonnes 2 à 4 de la matrice est très probable.
    L’objet de la formation est sans doute de préciser la fonction de chaque étape du processus et de donner des clés pour les mener à bien.

  2. Publié par , Il y a 5 ans

    Peut-être, vous avez raison. Il faut bien distinguer deux choses: la présentation de l’outil (qui me semble assez simple) et la mise en oeuvre (qui est beaucoup plus compliquée). Si l’on se contente de l’outil, une journée c’est peut-être long, si l’on veut l’appliquer alors je pense qu’une journée c’est même insuffisant. Le travail est bien un travail de long terme et avoir l’aide d’un coach peut être très utile pour nous aider dans cette introspection. Seul, on risque en effet de refuser de voir certaines choses, ou de faire certaines confusions.
    Par ailleurs et pour élargir la discussion, cet outil peut aussi être intéressant au niveau des organisations. Par exemple, on pourrait s’appuyer sur cette approche pour analyser les freins au changement dans une entreprise, un département ou un projet.

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