Il y a 3 mois · 7 minutes · Agile

Retour sur la première édition d’Agile en Seine

Ce mercredi 20 septembre s’est tenue la première édition d’Agile en Seine. Nous étions tous accueillis dans les locaux de Microsoft à Issy-Les-Moulineaux pour parler de transformation agile, no estimate, design thinking, feedback, facilitation graphique, Scrum mastering… Retour sur cette journée.

Cette première édition d’Agile en Seine s’est déroulée sur une seule journée. Nous avons fait partie du MVP (dixit l’organisateur), la prochaine devrait se tenir sur deux jours et accueillir plus de monde.

Vous pouvez retrouver le programme de cette journée sur le site officiel de l’événement : www.agileenseine.com (qui sera enrichi avec les streamings des présentations dans les jours à venir).

J’ai décidé de suivre principalement les ateliers non disponibles en vidéo. Ceux-ci ont l’avantage d’être ludiques et participatifs, ce qui est idéal pour maximiser son attention durant toute la durée de l’événement.

J’ai donc été voir :

  • The NoEstimate Game
  • La méthode Montessori
  • Le Feedback utile

C’est l’heure du debriefing.

The NoEstimate Game

Mon premier atelier de la journée est un serious game. Sur un plateau représentant un flux Kanban, une équipe projet (designer, développeur, testeur et ops) met tout en œuvre pour livrer le MVP dans les temps.

Nous commençons par estimer notre backlog avec la méthode du « doigt mouillé » : 25 user stories d’environ 20 points chacune, 20 points de compétence par jour à repartir sur ces stories et des facteurs impondérables que l’on rencontre dans tous les projets (dépendance à une autre équipe, points de blocage, déploiement non automatisé instable…). Nous avons donc un backlog de 500 points, sachant que l’on peut faire 20 points par jour mais que nous allons probablement rencontrer un certain nombre de problèmes : 500 / 20 * x = 50 jours. Ça commence mal, le projet dure 30 jours ! (je vous laisse calculer la valeur de x, réponse au paragraphe suivant).

On commence à jouer, la collaboration est de mise au sein de l’équipe, nous arrivons à sortir notre première user story dès le deuxième jour. Mais ensuite les choses se corsent, plusieurs stories sont bloquées (notamment la #3 qui le restera pendant 10 jours) et notre déploiement semi-automatisé nous fait rater deux mises en production. Au bout du 10e jour, notre project manager n’est pas satisfait de nos estimations et nous retient toute la journée pour une ré-estimation complète du backlog. Notre méthode « doigt mouillé » évolue un peu : en 10 jours nous avons 6 stories terminées. Une rapide règle de trois nous donne : 25 * 10 / 6 = 42 jours. Finalement la valeur de x semble être plus proche de 1,68 que de 2.

Nous arrêtons le jeu au 15e jour avec 8 stories en production.

Vient alors l’heure des leçons, nous observons que nous avons pu livrer en seulement 2 jours une story urgente à 34 points tandis qu’une autre à 18 points a mis 7 jours pour arriver en production. Cela remet en question notre logique sur les estimations. En réalité, l’effort ne représente que 15 à 25 % du cycle time d’une story. Les autres 75 – 85 % sont régies par des éléments (environnement, processus, outils, organisation, …) qui échappent à notre contrôle. Plutôt que de vouloir à tout prix estimer précisément ces variables, il vaut mieux se concentrer sur l’identification et la résolution des problèmes. Voila le discours prôné par les défenseurs du NoEstimate. J’ai tendance à être assez d’accord avec eux, l’un des piliers de Scrum est l’amélioration continue et c’est dans cette optique que s’inscrit cette démarche. Je garderai néanmoins mon Planning Poker habituel, outre le coté estimation, il permet à l’équipe d’aligner la compréhension (si quelqu’un sort un 2 tandis qu’un autre sort un 13, il y a clairement une différence de vision sur la tâche à effectuer).

Pour ceux que ça intéresse, le jeu est disponible en open source ici : https://github.com/pip72/no-estimates-game

La méthode Montessori

Maria Montessori était l’une des premières femmes médecin en Italie. En observant des enfants déficients mentaux, elle en a déduit que leurs problèmes sont d’ordre pédagogiques plutôt que médicaux. Elle constate que ces enfants n’ont aucun jeu à leur disposition alors qu’ils ont besoin d’actions pour progresser. Les écoles Montessori, dont les fondateurs de Google et Amazon sont issus, promulguent une éducation basée sur l’observation et l’environnement. Les enfants sont autonomes sur leur gestion du rythme d’apprentissage. Ils sont responsabilisés et développent en communauté leur esprit de raisonnement. Le tout est facilité par un environnement ludique et une maitresse qui laisse les enfants apprendre entre eux après leur avoir montré comment faire. L’idée peut se résumer ainsi : pour qu’un individu puisse se développer, il a besoin d’une organisation et d’un environnement adapté, facilité par un guide.

Après cette présentation des écoles Montessori, nous avons essayé de transposer ces observations au monde de l’entreprise. Nous choisissons tous un collaborateur agaçant et réfléchissons sur ce qui l’entrave dans son développement. Nous avons ensuite chercher en groupe des pistes pour le libérer de ses entraves sur les 3 axes montessoriens : l’environnement, l’organisation et le coach. L’exercice ne fut pas une mince affaire, nous faisions partie des premières personnes à expérimenter ce concept. Les résultats obtenus ne m’ont pas totalement convaincu mais le sujet mérite selon moi d’être approfondi.

Le Feedback utile

Le feedback est une information sur un événement passé, exprimé dans le présent pour influer sur le futur. Il y a deux types de feedback, celui de satisfaction et celui d’insatisfaction. Il existe en revanche plusieurs manières pour exprimer et interpréter un feedback, comme le dit Bernard Weber : « Entre ce que je pense, ce que je veux dire, ce que je crois dire, ce que je dis, ce que vous voulez entendre, ce que vous entendez, ce que vous croyez en comprendre, ce que vous voulez comprendre, et ce que vous comprenez, il y a au moins neuf possibilités de ne pas se comprendre ».

Nous faisons l’exercice en binôme de se donner du feedback. Je dis à ma collègue « j’aime beaucoup ton accent anglais ». Elle a ressenti de la fausse sincérité et n’a pas vraiment compris pourquoi je lui disait ça. De mon coté, j’ai reçu un « j’aime bien ta chemise », ce qui m’a paru étrange puisque j’avais un T-Shirt mais tout compliment est bon à prendre.

Pour un feedback de meilleur qualité, il faut passer par quatre étapes : Faits – Effet (émotions) – Motivation (besoins) – Dialogue (demande)

Lorsque l’on donne du feedback, on ne parle que de soi, on ne fait que satisfaire ses propres besoins. Nous avons reformulé notre premier feedback en parlant de nos émotions et de nos besoins. Mon « j’aime beaucoup ton accent anglais » devient « J’entends ton accent anglais quand tu parles français, je suis content de l’entendre, ça me fait voyager. J’ai besoin d’interactions, de dialogues, serais tu d’accord pour que l’on discute encore un peu ? ». Le ressenti de la personne change énormément, plus d’impression de fausse sincérité ni de sensation d’être une étrangère.

Nous avons ensuite abordé le comment recevoir un feedback mais, par manque de temps, nous n’avons pas été plus loin que la reformulation, dommage.

Mon avis

Cette première édition me laisse un sentiment mitigé. D’un point de vue organisation il n’y a rien à redire, la journée fut rythmée sans être insoutenable. Le seul petit bémol revient à Microsoft, leurs locaux sont certes magnifiques (mention spéciale aux canapés des salles lounge) mais leurs tablettes géantes, les Surfaces, ont buggé à chaque présentation.

Concernant le contenu de la journée, j’ai beaucoup apprécié le NoEstimate Game qui est très représentatif de la vie d’un projet. Il est tellement abouti et amusant que je le proposerai bien à une prochaine soirée jeux de société. Pour le reste, je repars avec un arrière-goût d’inachevé. Montessori m’a redonné de l’espoir quant à l’amélioration de l’éducation nationale ; sur la transposition au monde de l’entreprise en revanche, il y a encore du boulot. Avec du recul, les deux dernières présentations que j’ai vu était catégorisées « Learn ». Si j’avais fini sur un « Build » ou « Scale » au lieu d’avoir l’avant-goût d’un feedback utile, ma journée aurait été mieux équilibrée.

Rendez-vous donc l’année prochaine pour remettre l’Agilité au devant de la Seine.

Pierre-Philippe Beauchemin

Pierre-Philippe est Studio Team Leader à Xebia. Après 3 ans de développement mobile et JEE dans un contexte Agile, il agit maintenant à mi chemin entre le Scrum Master et le Product Owner en garantissant le cadre Agile des projets.

One thought on “Retour sur la première édition d’Agile en Seine”

  1. Publié par Julien Villeneuve, Il y a 2 mois

    Hello,

    Julien, Coach Agile chez SeLoger.

    Pour ma part, je suis allé au NoEstimateGame (dans la même équipe) et rien à redire là-dessus, je trouve également que c’était super !
    Ensuite, je suis resté dans le jeu avec Lean TakeOff. Moins de théorie et plus de pratique, c’était un moyen divertissant de comprendre l’intérêt de réduire au maximum la boucle de feedback tout en remettant en cause en permancence ses croyances fondamentales.
    Enfin, le retour d’expérience de FTV : excellent ! Avec humour et référence au Manifeste agile, le Scrum Master et le Product Owner nous ont invité dans leur quotidien…. dont le début ressemble assez au notre !
    Bref, c’est plein d’encouragements et bien armé que je suis parti de cette conférence :)

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