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Il y a 1 mois · 13 minutes · Agile

Retours Conférence Heart of Agile 2018

Les 31 mai et 1er juin se tenait la conférence Heart of Agile au coeur de Paris, en Français. Heart of Agile a été créée par Alistair Cockburn avec comme ligne directrice de « revenir aux valeurs et fondamentaux de l’Agilité : l’Humain au cœur, Collaborer, Délivrer, Réfléchir, s’Améliorer. »

J’ai eu l’opportunité d’y participer avec mon collègue coach Agile chez Purple Wise, Arnaud Bracchetti, spécialisé en transformation d’entreprise, qui animait l’un des sujets: « Une longue route vers la transformation Agile de l’entreprise« . Je vous propose un petit aperçu de ce que j’ai pu voir au cours de cette session de deux jours qui annonçait comme question ouverte : « Comment l’Agilité peut-elle s’épanouir dans le cadre de la culture française ? ».

 

Jour 1

Présentation du « Cœur de l’Agile » par Alistair Cockburn

 

 

Jeudi matin, ouverture de la conférence avec une explication par Alistair Cockburn (en français ! ) du concept de son cœur de l’Agile et de ses quatre valeurs de cœur – collaborer, délivrer, réfléchir, s’améliorer – réunies autour de l’humain (le cœur) :

A partir de ces valeurs fondamentales de l’Agilité, il déplie toutes les autres valeurs et concepts que nous connaissons bien :

Cette session était un bon retour sur les bases de l’Agilité. Voici, en bref, les trois points qui m’ont le plus marquée :

  • Retour sur le concept de Shu Ha Ri et en y ajoutant le concept de « Kokoro », c’est-à-dire la capacité à enseigner les bases au niveau Shu (comme le maître dans Karaté Kid). Très différent du niveau Ri qui nécessite de transcender les règles et n’implique donc pas du tout d’être capable de les expliquer : on fait les choses par instinct et on ne peut souvent même pas dire ce qu’on fait exactement. C’est naturel.
    Egalement une remarque intéressante d’Alistair Cockburn sur le fait que Scrum a été créé au départ comme une « technique Ri », faite pour s’utiliser sans guide. Et que c’est par la suite qu’il a fallu inventer des guides pour aider les équipes à démarrer en « Shu ».
  • Le concept de « guest leadership » qu’il préfère à celui de servant leadership. Pour résumer rapidement : dans le monde de l’entreprise, il y a une pression inévitable venant « d’en haut », de la bourse… Mais les travailleurs créatifs ont besoin de tranquillité pour réussir à réfléchir. Nous avons donc besoin d’une personne qui fasse le « parapluie » et encaisse la pression, c’est le « guest leader ». Le guest leadership prône une culture où chacun est encouragé à prendre momentanément le rôle de leader en fonction des circonstances, à l’image de ce que nous faisons tous naturellement dans nos vies privées.
  • La notion de focus sur le futur : l’Agilité prône la réflexion, mais contrairement à ce qui est fait la plupart du temps dans les rétrospectives, Alistair Cockburn suggère de l’orienter plutôt vers le futur que vers le passé. En bref : plutôt que de chercher à repérer tout ce qui n’est pas comme vous le souhaiteriez et à « être le changement », ce qui est très compliqué et parfois décourageant, remarquez les preuves déjà existantes du changement que vous désirez dans le monde qui vous entoure.

Kata de médiation par Violaine Truck

Violaine Truck, coach agile et diplômée de l’IFOMENE (Institut de Formation à la Médiation et à la Négociation), nous a introduit les grands concepts de la médiation, avec notamment :

  • les biais cognitifs de confirmation, de projection et d’interprétation, ainsi que la notion de modèles mentaux,
  • ou encore, comment distinguer les positions des intérêts de ses interlocuteurs : la position est ce qui est formulé (non recevable par l’autre parti dans le cas d’un conflit) alors que l’intérêt correspond à un besoin fondamental, à ce qui est désiré (et est donc toujours recevable) et que l’interlocuteur cherche à défendre.

En médiation, on cherche à faire émerger les intérêts pour dépasser les positions car on aura une émergence de solution à partir du moment où il y aura une reconnaissance mutuelle des besoins de chacun.

Puis Violaine Truck nous a proposé une mise en situation avec simulation d’une médiation pour apaiser un conflit de voisinage.

En bref, une session avec un thème intéressant mais en fin de compte vraiment trop vaste pour le temps imparti.

Priorisation : Pourquoi le ROI nous piège par Moïra Degroote et Baptiste Malguy

Après un petit atelier de rappel sur la priorisation Agile, l’estimation de l’effort et l’estimation de la valeur, Moïra Degroote nous a proposé sa vision des méthodes de priorisation habituelles en insistant sur l’impact des biais cognitifs.
Selon elle, nous privilégions une approche logique et cartésienne trompeuse : en se reposant trop sur des données chiffrées, censées être scientifiques, nous finissons par ne plus penser par nous-mêmes et par prendre finalement de moins bonnes décisions
Sa proposition : arrêtez de passer du temps à mettre des chiffres, utilisez votre jugement ! Passez au « No estimate » pour la « business value » !

 

 

Globalement un atelier avec une prise de position forte assumée. Belle énergie, bonne dynamique. Cela nous pose des questions intéressantes sur nos façons de prioriser en Agile et leurs travers.

Une longue route vers la transformation Agile de l’entreprise par Arnaud Bracchetti

Un retour d’expérience sur une transformation Agile au sein de la DSI d’EDF par le coach Purple Wise Arnaud Bracchetti : comment mettre en place un pilote, puis comment passer du pilote à une transformation « à l’échelle » ?
Une exploration des difficultés qu’on peut rencontrer lorsqu’on essaie d’étendre l’Agilité au sein d’une entreprise, même en partant d’un noyau qui fonctionne, et qui ne sont, en général, pas mises en évidence par le pilote. En résumé, voici les grands thèmes qui ressortent :

  • Achats : sortir des dérogations accordées au pilote pour repenser la politique d’achat de l’entreprise,
  • Gouvernance : il va falloir profondément modifier la gouvernance à tous les niveaux et plus seulement localement autour du pilote,
  • Management : là aussi, il va falloir modifier toutes les couches du management, y compris le top management, et plus seulement la couche « opérationnelle »,
  • Logistique : pour embarquer un grand nombre de personnes, il peut devenir nécessaire de repenser l’organisation des locaux et les outils de communication à distance,
  • Ressources Humaines : lors de la généralisation, il devient nécessaire d’impliquer les RHs pour repenser les fiches de poste, les parcours de carrière etc , afin de pérenniser le changement et d’accompagner les collaborateurs dont le rôle est modifié par la transformation,
  • Système d’information : il est nécessaire de prendre en compte les contraintes d’architecture technique, d’infrastructure et de compétences des équipes,
  • Social : il faut discuter au plus tôt avec les Instances Représentatives du Personnel (IRP), les former et obtenir leur accord.

En un mot, s’il ne faut retenir qu’une chose : le pilote n’est pas la transformation et passer du pilote à l’Agilité généralisée demande du temps et de la méthode! N’essayez pas d’aller plus vite que la musique et ayez conscience dès le départ de l’effort à investir (bien plus grand que pour la mise en place du pilote), car une transformation bâclée risque surtout de provoquer un total retour en arrière et de braquer votre organisation : « chat échaudé craint l’eau froide. » comme disent les anciens.

 

 

Si vous cherchez actuellement à démarrer une transformation Agile dans votre entreprise, ou si vous avez déjà réussi à mettre le pied à l’étrier mais que vous souhaiteriez passer la vitesse supérieure, ce retour d’expérience est fait pour vous.

Jour 2

World café

On commence la journée par des ateliers d’intelligence collective / Echanges en petits groupes autour de thèmes comme :

  • Les feature teams sont-elles la solution à tout ?
  • Agilité, faut-il passer à l’échelle ?
  • Agiliser les RHs
  • Comment embarquer le métier ?

J’ai trouvé les discussions enrichissantes et une bonne occasion de faire des rencontres.

Soignons-nous de la réunionnite aïgue et améliorons durablement notre culture des réunions grâce à Meeting Spicer par Régis Schneider et Dov Stal

Régis Schneider et Dov Stal nous ont proposé un atelier participatif pour qualifier et distinguer les réunions « efficaces » des réunions « subies », puis une présentation du concept des cartes de meeting spicer, un jeu de cartes pour aider les personnes amenées à faciliter des réunions.
Pour résumer le concept : il s’agit d’un jeu contenant des cartes pour débuter la réunion, des cartes pour la terminer et des cartes « surprises » à piocher par n’importe quel participant au cours de la réunion s’il/elle en ressent l’envie (les instructions devront être suivies discrètement pour ne pas perturber les autres). Les cartes sont très variées et plus ou moins « épicées ». Charge au facilitateur de choisir les cartes qu’il/elle souhaite proposer à ses collègues en fonction de la culture de son entreprise, du contexte de la réunion, des participants…
L’idée est que ces activités ne prennent pas plus de 20 secondes pour ne pas perturber la réunion, ni la faire dévier de son but originel. Ce que l’on cherche, c’est à progressivement, grâce à ces courtes activités, amener les participants à trouver comment améliorer leurs réunions.

Quelques exemples de cartes :

  • pour débuter la réunion :
    • « Prenez 20 secondes pour réfléchir en silence au but de cette réunion et à ce que vous en attendez. » ,
    • « La loi des deux pieds : si vous pensez, au cours de cette réunion, que ne pouvez ni contribuer à ce qui se passe ni en retirer de la valeur, il est de votre responsabilité de vous servir de vos deux pieds pour aller dans un endroit où votre présence aura plus de valeur pour vous et/ou pour les autres. »,
    • « Répondez à haute voix : l’invitation de cette réunion contenait-elle un résumé de ses objectifs? En avons-nous besoin ? » ,
    • « Carte Harry Potter. Prenez 20 secondes pour vous rappeler : portez-vous, vous et les autres participants, des cicatrices de réunions passées ? »
  • pour terminer :
    • « Demandez à un participant de résumer en 20 secondes ce qu’il/elle a appris lors de cette réunion. »,
    • « Prenez 20 secondes pour réfléchir : selon vous, qui a le plus parlé et qui a le moins parlé au cours de cette réunion. » ,
    • « Répondez à haute voix : au cours de cette réunion, avons-nous pris des décisions ? Si oui, est-ce que tout le monde les connaît ? Qui est responsable de les suivre ? »
  • cartes surprises :
    • « Demandez « pourquoi » au moins deux fois au cours de la réuinon. »,
    • « Ecoutez. Quels sont les mots les plus employés au cours de cette réunion? »,
    • « Carte sourire. Souriez à la ronde pendant quelques minutes. Est-ce que cela fait sourire d’autres personnes ? »
    • « Carte méditation. Observez la pièce : la température, l’éclairage et la disposition… »

 

 

Solution Focus : l’art de poser de meilleurs questions par Gery Derbier


J’ai eu la chance de terminer ces deux jours par cet excellent atelier : intéressant, dynamique et participatif, avec des mises en pratique, en binôme, des concepts à chaque étape.

Voici ce que j’en ai retenu : aidez l’autre à se concentrer sur le futur qu’il souhaite plutôt que sur son problème et à faire lui-même émerger les solutions. Pour cela :

  • Ecoutez l’autre en le considérant comme une personne extraordinaire, brillante (imaginez parler avec Nelson Mandela par exemple), plutôt que comme une personne qui a un problème, ou pire, qui est un problème.
  • Pour poser vos questions, reprenez les mots de votre interlocuteur et évitez de reformuler car vos mots risquent d’interférer dans le processus. Forcez-vous à toujours reprendre au moins un mot de votre interlocuteur dans vos questions. Cela vous aidera également à améliorer la qualité de votre écoute.
  • Basculez de la description du problème à la description d’un futur où le problème a été résolu et guidez le en l’amenant à détailler ce qu’il raconte à aller plus loin dans son récit. Évitez la question « pourquoi ? » qui peut être très bloquante et amener plutôt la personne dans la description. Si la personne se focalise sur le négatif, essayez de luis demander « à la place, qu’est ce que tu voudrais ? ».

 

 

Nous avons pu constater l’effet qu’avait sur nous le fait d’être écoutés et guidés de cette façon. C’était vraiment constructif et efficace!

 

Co-construction d’un manifeste Agile Français

 

On revient ici à la question posée d’entrée par les organisateurs: « Comment l’Agilité peut-elle s’épanouir dans le cadre de la culture française ? »
Les ateliers de co-construction d’un manifeste Agile Français, animés par Patrick Sarfati et Eric Baudet avaient lieu tout au long des deux journées de conférence. Je n’y ai pas personnellement participé mais je peux témoigner que l’idée d’écrire un Manifeste Agile spécifique pour la France a beaucoup divisé et animé les conversations.

Conclusion

En conclusion, je garde le souvenir d’une conférence avec des présentations très hétérogènes (parfois une gestion du temps difficile, et donc malheureusement une gestion de la participation du public compliquée ), un public majoritairement très confirmé en Agile et des discussions enrichissantes entre les présentations.

Pour terminer, je vous propose quelques liens intéressants que j’ai trouvés en creusant les sujets qui m’avaient interpellée :

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